lundi 4 mars 2019

Bordeaux, perle de l'Aquitaine (en rediffusion)

La Cité du vin, Bordeaux

Notre voyage vinicole consiste à revoir la très belle ville de Bordeaux et la route des vins du Médoc. Nous désirons également découvrir la rive droite de la Dordogne et sa route des vins de Saint-Émilion jusqu’à Blaye.  Notre périple se termine à Biarritz, ville balnéaire huppée de la côte Atlantique. Bordeaux constitue certainement l’une des plus belles villes de France et peut aussi être qualifiée,  à juste titre, de la capitale française du vin.  La région regroupe plus de 8 000 domaines et châteaux répartis sur 60 appellations d’origine et produisant 5 millions hl sur 112 000 ha. Nous avons été charmés par son nouveau lieu culturel vinicole Cité du Vin qui célébrait sa première année d’existence en juin 2017.

La Cité du vin
La Cité du vin a été lancée en juin 2016 dans le quartier des Bassins à flot (Garonne) grâce au financement de nombreux partenaires et mécènes des secteurs public et privé. La Fondation pour la culture et les civilisations du vin en assure maintenant l’exploitation. Le très réputé architecte canadien Frank Gehry qui a conçu en l’occurrence le musée Guggenheim de Bilbao en  Espagne, a aussi signé les plans de cette œuvre architecturale monumentale des plus évocatrices. Au rez-de-chaussée, le visiteur a accès à une boutique commerciale, une cave à vin regroupant des vins de l’ensemble de la planète vinicole, y compris certains vins du Canada et notamment deux vins du vignoble québécois L’Orpailleur de Dunham  (son rouge et le blanc Cuvée Natashquan). Le premier étage de La Cité est consacré aux ateliers de dégustation thématique, aux activités culturelles et aux événements temporaires. Lors de notre visite, nous avons pu voir l’exposition temporaire « Bistrot! De Beaudelaire à Picasso » regroupant une centaine d’œuvres d’artistes de cette époque et entre autres de Toulouse-Lautrec.

Buffet des sens, Le parcours permanent,
La Cité du vin, Bordeaux
Le deuxième étage est réservé à l’événement phare de la Cité nommé « Le parcours permanent ». Ce parcours très captivant reflète essentiellement l’art de vivre du vin. Il est composé de dix-neuf espaces culturels englobant différents thèmes sur le vin dont un tour du monde des vignobles, une table des terroirs, un portrait sur les vins englobant entre autres le vin de glace canadien ainsi qu’un buffet des sens où le participant est invité à sentir différents arômes contenus dans le vin. Si le visiteur en ressort vraiment enrichi sur une pléiade d’informations et de faits historiques reliés au vin, il aura surtout vécu une expérience immersive et sensorielle extraordinaire et inoubliable. La visite de La Cité se termine au belvédère du huitième étage qui  offre une vue imprenable sur Bordeaux et sur le pont levant Jacques Chaban-Delmas traversant  la Gironde, le tout en dégustant un verre de vin de votre choix. La Cité du vin affiche des résultats mirobolants pour sa première année d’exploitation avec 425 000 visiteurs.

La route des vins du Médoc
Tout bon amateur de vins se doit de visiter au moins une fois dans sa vie la route vinicole des châteaux du Médoc, une des plus belles au monde. Cette route serpente le Médoc en grande partie sur la D-9, sur une soixantaine de kilomètres. Elle débute à Blanquefort et se termine au nord de Saint-Estèphe en passant par les villages pittoresques de Margaux, de Saint-Julien et de Pauillac. Si l’appellation Pauillac regroupe le plus grand nombre de châteaux classés 1er Grand Cru en 1855 (trois 1er Grands Crus classés dont Mouton Rothschild promu au premier rang en 1973), Margaux arrive en tête quant au nombre total de châteaux classés Grands Crus (21). La plupart des châteaux valent le détour. Nos préférés visuellement parlant parmi les châteaux classés, sont Margaux, Palmer, Issan et Kirwan dans l’appellation Margaux; Gruaud Larose et Beychevelle (Beychevelle signifie Baisser la voile en gascon) dans le très joli village de Saint-Julien; Mouton Rothschild et Pichon Longueville (Baron et Comtesse) à Pauillac et enfin le Cos D’Estournel à Saint-Estèphe. Parmi les châteaux non classés en 1855, nous avons aimé Siran à Margaux, Fourcas Hosten à Listrac et Chasse Spleen à Moulis en Médoc.

Château Fourcas Hosten, 
Listrac
À Listrac, nous avons visité le Château Fourcas Hosten. Nous avons eu un coup de cœur pour son vin millésimé  2007 et son deuxième vin Les Cèdres d’Hosten 2009. Ces deux vins présentaient de belles notes fruitées, beaucoup de finesse avec des tanins doux.
 
Château LaroseTrintaudon, 
Saint-Laurent de Médoc
En continuant notre route, nous nous arrêtons, sans rendez-vous, au Château Larose-Trintaudon (vin disponible à la SAQ) situé entre Margaux et Pauillac. Ce château est l’un de nos vins fétiches depuis que nous l’avons découvert au début des années 1980. Madame Céline Bonnet, responsable de l’accueil, nous a reçus de façon très chaleureuse. Nous avons dégusté les trois vins de la maison : Château Larose-Trintaudon, Château Larose Perganson et enfin le Château Arnaud, trois vins du Haut-Médoc et dont les deux premiers sont classés crus bourgeois. Nous avons beaucoup aimé ces vins et particulièrement le dernier. En effet, les deux Larose affichaient beaucoup de classe avec un beau fruité et des notes complexes et épicées. Château Arnaud se démarquait pour sa part par ses notes exotiques. Trois très beaux vins.

La rive droite de la Dordogne
La table principale du petit-déjeuner située dans la vieille
 chapelle, Château de La Vieille Chapelle, Lugon
Ayant déjà visité la région de Bordeaux à quelques reprises dans le passé, nous voulions en apprendre davantage sur les vins de la rive droite de la Dordogne. Nous avons ainsi réservé une chambre d’hôte au Château de la Vieille Chapelle (les dépendances de la chapelle romane Notre-Dame datant du 12ième siècle), charmant gîte-vignoble sur le bord de la Dordogne à Lugon-et-l’Île-du-Carney. Ce joli village viticole est situé à mi-chemin entre Saint-Émilion et Bourg (de 15 à 20 minutes et à une demi-heure de Blaye et de Bordeaux en voiture). Chaque soir, notre hôte monsieur Frédéric Mallier offre à sa clientèle une dégustation commentée de ses vins pendant que son épouse madame Fabienne Mallier fait mijoter pour les convives de savoureux plats de son cru à partir d’aliments frais du marché.
 
Nous avons aimé le blanc Tradition et le rouge Réserve de la Vieille Chapelle, son Grand rosé et son merlot de Beaudet. Les gels du printemps 2017 ont été désastreux pour ce vignoble de 8 hectares (et pour plusieurs autres vignobles bordelais) qui a perdu plus de 75% de sa récolte. Ce vignoble est en agriculture biologique et est représenté au Québec par l’agence promotionnelle Les vieux garçons.

Jacques en face du Château Petrus, Pomerol
Nous amorçons notre tournée de ce coin de pays de la Dordogne par le libournais. Nous y visitons d’abord Pomerol et la route de ses châteaux prestigieux comme Pétrus, L’Évangile, Le Pin, Lafleur, Certan de May et La Conseillante. Malheureusement, ces châteaux n’étaient pas ouverts au public pour une visite et une dégustation sans rendez-vous. Pomerol ressemblait davantage à un village fantôme plutôt qu’à un village vinicole couru par une clientèle avide de grands vins. À l’inverse, Saint-Émilion était envahi par une foule très dense en ce dimanche de canicule. Nous avons dû stationner la voiture à près d’un kilomètre du village. Saint-Émilion constitue à juste titre l’un des plus beaux villages de France et est classé au sein du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce village médiéval de 2 000 habitants attire plus d’un million de touristes par année. On peut y déambuler dans ses rues pentues et étroites pour y admirer ses places publiques, son église monolithe, son ermitage sous la chapelle de la Trinité et surtout ses nombreuses boutiques offrant des produits du terroir et des dégustations sur place. Les vins que nous avons le plus appréciés dans ces boutiques sont ceux du phénomène  M. Jean-Luc Thunevin et de son épouse Murielle Andraud.  Nous avons adoré son Château Valandraud, 1er Grand Cru classé depuis 2012. De plus, le Virginie de Valandraud 2013 et le Clos Badon 2014, deux vins de l’appellation Saint-Émilion Grand cru, le Château du Beau-Père 2014, en appellation Pomerol, nous ont aussi fortement impressionnés par leur concentration et leur finesse. Avant de quitter ce beau village, nous avons aussi fait provision du bloc de foie gras de canard exceptionnel de la famille Gouzilh.

La devanture d'un bar à vin,
 Saint-Émilion
Pour la petite histoire, rappelons que monsieur Jean-Luc Thunevin, Français d’origine algérienne et grand amateur de vins, a d’abord exploité un modeste dépanneur vendant du vin et ensuite un bar à vins à Saint-Émilion. Il a aussi tenté sa chance comme négociant de vins. Sans formation en œnologie, ses amis mentors Jacques Luxey, journaliste vinicole, et Alain Vauthier de Château Ausone, lui ont tout appris sur le vin. Après maintes dégustations et notamment du vin du Château Le Pin, Pomerol, qui l’a beaucoup impressionné, il a acheté en 1989 une  petite parcelle de 0,6 hectare de vignes à Val de Fongaban. Avec des soins très méticuleux apportés à la vigne (taille, effeuillage et vendanges vertes visant un faible rendement) et à la vinification (micro-cuvées avec pigeage et bâtonnage sur lies comme cela se pratique en Bourgogne), il réalise sa première récolte en 1991 et crée, en 1992, le Château Valandraud. Ce nom provient de la fusion de val et du nom de famille de son épouse. Il recourt aux services d’œnologues réputés dont Michel Rolland. Il est alors remarqué par le célèbre chroniqueur vinicole Robert Parker qui lui alloue des notes quasi-parfaites pour son vin Valandraud. Parker le surnomme le « Bad Boy » de Saint-Émilion. Ainsi est née la fameuse appellation non contrôlée de « vin de garage »! Nous avons visité le "garage" servant de modeste cuverie où il élaborait ses premiers vins à Saint-Émilion au début des années 1990!

Continuant notre ballade sur la rive droite de la Dordogne, nous avons beaucoup aimé la ville de Libourne et sa Place Royale, son église Saint-Jean, son pont de pierre, sa fête de la musique et ses rues commerçantes animées. Dans la commune La Rivière, au pays du fronsadais (Fronsac), le château vinicole La Rivière et ses jardins avec vue sur la Dordogne, sont impressionnants. À quelques minutes de Libourne sur la rive gauche de la Dordogne, le Château forteresse de Vayres, datant du Moyen Âge, et ses jardins sont aussi remarquables. Bourg et son château citadelle sont dignes de mention ainsi que Blaye et sa citadelle de Vauban. Bourg en latin (et en langue gasconne) signifie fort ou forteresse. Mentionnons que la Citadelle de Vauban fait partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO et constitue, avec ses remparts, l’un des éléments du « Verrou » : ensemble de trois forteresses composé de Fort Pâté et de Fort Médoc érigés sur la Gironde au 17ième siècle sous Louis XIV, pour protéger la grande ville de Bordeaux contre les ennemis potentiellement envahisseurs.

Maison troglodytique, Gauriac
De plus, il ne faut pas rater les maisons troglodytiques datant de la période gallo-romaine et toujours habitées à Gauriac, en bordure de la Dordogne entre Bourg et Blaye.
En matière vinicole, Blaye fait partie des vins Côtes de Bordeaux (Blaye Côtes de Bordeaux), tout comme les vins de Francs, de Castillon, de Cadillac au sud de Bordeaux et enfin de Sainte-Foy qui a joint les Côtes de Bordeaux en 2016. Selon madame Aurélie Lascourgières, chargée des relations de presse à l’Union des Côtes de Bordeaux, ces différentes appellations de Côtes de Bordeaux sont certes éloignées l’une de l’autre géographiquement mais elles partagent plusieurs points en commun dont des vignobles situés en coteaux et à proximité de cours d’eau. Également, leurs caractéristiques organoleptiques ont certaines similitudes : vins de structure, élégants, ronds et gourmands. Enfin, l’Union et ses membres ont une vision collective axée sur la créativité et le partage pour le développement et la commercialisation de leurs vins. Ceux-ci se démarquent des vins de l’appellation générique Bordeaux en termes de rendement et de vieillissement. Ils peuvent ainsi se comparer aux Bordeaux supérieurs mais avec des vignes plantées en coteaux. L’Union des Côtes de Bordeaux veut également se distinguer des autres vins de Bordeaux en s’identifiant comme les « Bordeaux Côtes & Cœur ».

Parmi les vins dégustés sur la rive droite de la Dordogne, nous avons eu un réel coup de cœur pour ceux du Château Cailleteau Bergeron et notamment son rouge Ox 2014, un très beau vin complexe aux tanins structurants mais non agressifs. Nous avons aussi fait une belle découverte avec les vins de la coopérative Les Vignerons de Tutiac qui regroupe 450 producteurs passionnés dans les appellations Bordeaux, Blaye et Côtes de Bourg  et entre autres le malbec Lieu-dit Ter Pointe 2015 (Côtes de Bourg). Également, les vins du groupe familial Vignobles Bayle-Carreau étaient gourmands et jouissifs : le Crémant Bayle-Carreau rosé Brut et le rouge du Château Eyquem 2012 (Côtes de Bourg) nous ont conquis. Le nom de ce château rend hommage à Michel Eyquem de Montaigne dont la famille a déjà résidé au château. Celui-ci est situé au confluent des rivières Dordogne et Garonne et le belvédère à partir de ce vignoble est saisissant.

Vinexpo
Nous avons profité de notre semaine dans la région de Bordeaux pour revoir à nouveau le salon Vinexpo. Notre dernière visite remonte à 1995 alors que les vins de la Californie faisaient un tabac publicitaire en accaparant plus du quart de l’espace de ce salon-exposition reconnu comme le plus important au monde. En même temps, les vins de glace canadiens faisaient parler d’eux en remportant plusieurs prix et médailles à Vinexpo. Si le volet vinitech (équipements et machineries vinicoles) a depuis disparu de Vinexpo, l’événement est encore plus imposant qu’à l’époque. Il attire plus de 2 300 exposants d’une quarantaine de pays et quelque 45 000 visiteurs reliés au vin.

Suzanne et Jacques en compagnie de 
M. Bernard Magrez, Vinexpo, Bordeaux
Nous y avons rencontrés quelques viticulteurs connus dont messieurs Bernard Magrez du Château Pape Clément, Alvaro Palacios de la vinerie du même nom, Cristopher Cannan du Clos Figueras et Miguel Torres fils des vins Miguel Torres. Inutile de mentionner ici que leurs vins offerts en dégustation étaient tous délectables sans exception. Également, quelques vins se démarquaient vraiment parmi les vins que nous avons dégustés à Vinexpo. Château Renom qui a été vendu en 2014 à un investisseur chinois, nous a tout à fait séduits avec son rouge 2015 et le Blanc liquoreux 2015 et 2016, en appellation Cadillac (Côtes de Bordeaux pour le rouge). Des vins de haut calibre. Aussi, Champagne Dauby, propriétaire récoltant à AY, nous a vraiment charmés avec ses champagnes Blanc de noir 1er cru, Réserve 1er cru, Guy Dauby Grand cru et son millésimé 2010 : tous affichaient caractère, fraîcheur, élégance et équilibre. Madame Flore Dauby nous a confié qu’elle aimerait beaucoup commercialiser ses vins au Québec. Nous ne pouvons que souhaiter que ce désir se réalise un jour afin de nous permettre de déguster au Québec ses vins d’une grande classe.

Sauternes et Biarritz
Les jardins de Château Yquem, Sauternes
En direction de Biarritz, nous faisons une brève halte à Sauternes, village atypique du bordelais avec ses paysages aux multiples vallons verdoyants et surtout son illustre château Yquem. Même si nous n’avons pas pu déguster ses vins, nous avons pu nous promener dans le vignoble et dans ses jardins magnifiques. Nous nous sommes néanmoins repris en dégustant les vins de son noble voisin, Château Guiraud, 1er Grand cru classé.  Nous avons beaucoup aimé le 2ième vin Petit Guiraud 2013 et le Château Guiraud, millésime 2010, était grandiose. Ampleur, profondeur, finesse, élégance, équilibre et longueur en bouche résument les qualités de ce très grand vin sauternais.

Si Bordeaux peut être qualifiée de la perle de l'Aquitaine, Biarritz constitue une place balnéaire de choix pour les touristes avec sa grande plage, la pratique du surf, sa côte fleurie du centre-ville, son rocher de la Vierge, son phare et l’excellence de sa cuisine basque. Si vous disposez de quelques heures, le village voisin de Saint-Jean-de-Luz vaut le détour pour la beauté naturelle de ses plages et de ses côtes.

Où manger :
-       Restaurant Chez Carles, Lugon
-       Le bistrot d’Aurélie, Bordeaux
-       Brasserie l’Orient, Libourne
-       Bistrot Les Coulisses, Biarritz

Où dormir (au milieu des vignes):
-        Château de la Vieille Chapelle, Lugon-et-Ile-du-Carney

P.S.: Le magazine Vins & Vignobles a publié cet article dans sa quasi-intégralité en 2017.


















samedi 2 février 2019

Jeux vinicoles de Noël 2017 (en rediffusion)

Comme le veut la tradition dans la famille Ouimet, nous avons renouvelé nos jeux vinicoles du temps des Fêtes à deux reprises cette année, la veille et le jour de Noël. Le premier jeu consistait en un repas-dégustation comprenant un tour du monde vinicole. Les invités répartis en quatre équipes devaient déguster, à l’aveugle (bouteille masquée), cinq vins de quatre pays et continents différents. Chacune des quatre équipes devait tenter d’identifier le continent ou le pays, la région ou l’appellation et le millésime, tout en octroyant à chaque vin une note d’appréciation entre 5 et 9,5. La note 5 équivalant à un vin inacceptable, 6 un bon vin, 7 un très bon vin, 8 un grand vin, 9 un très grand vin et 9,5 un vin exceptionnel. Chaque vin était mis en carafe avant d’être servi. Le deuxième jeu regroupait également cinq vins, à étiquette découverte mais au millésime masqué (caché). Les quatre équipes participantes devaient tenter ici d’identifier le vin dégusté et son millésime, vin qui avait été également mis en carafe au préalable. Tous les vins de ce deuxième jeu, à l’exception du dernier vin, nous ont été offerts par les membres de la famille au cours des cinq dernières années et mis en cave pour vieillissement.

Le premier jeu
Le jeu du premier repas a été précédé par le service d’un bloc de foie gras exceptionnel de la maison Gouzilh de la Charente française, lequel était accompagné du non moins exceptionnel Pineau des Charentes Réserve * de la maison Jean-Claude Charbonneau, lieu-dit Chez Piché, Chérac (en banlieue de Cognac), un mariage « vin et mets » que l’on peut qualifier de parfait. Le premier vin  accompagnait un tartare de bœuf à l’asiatique, les deuxième et troisième vins un pâté à la dinde servi avec des choux de Bruxelles grillés, du ketchup aux fruits et une salade de betteraves et fromage de chèvre. Les  quatrième et cinquième vins étaient servis avec une assiette de fromages fins. Ces vins sont:
Les vins dégustés du 1er repas-dégustation

Vin # 1: Burrowing Owl, pinot noir, Okanagan valley VQA, 2013 *
Vin # 2: Château Arnauton, Fronsac AOC, 2009
Vin # 3: Guardian Peak SMF, The Kalahari Lion, 2009, Afrique du Sud
Vin # 4: The Laughing Magpie, d’Arenberg, shiraz viognier, McLaren Vale, 2007
Vin # 5: Château Lynch Bages, Pauillac Grand Cru Classé AOC, 1991

Deux équipes ont reconnu le pays ou le continent du vin # 1 et une équipe son  millésime. Ce vin a été apprécié pour sa fraîcheur, son fruité (petits fruits rouges) et ses arômes légèrement épicés (sauge). Il a été noté 8. Le mariage de ce vin avec le tartare de bœuf à l’orientale était remarquable.
Les dégustateurs ont beaucoup apprécié le vin # 2 pour sa rondeur, ses tanins souples et sa touche de champignons. Toutes les équipes ont reconnu le continent ou le pays d’origine du vin, une équipe sa région et une autre son millésime. Ils l’ont vraiment aimé et coté 8,8. Ici encore, le mariage vin mets était fort réussi.
Le troisième vin a quelque peu surpris les membres de la famille qui ont cru que c’était un vin du nouveau monde mais sans toutefois être en mesure d’en préciser le continent ou le pays ni le millésime. Ce vin a également été noté 8, avec un écart de 2,5 entre la plus basse et la plus haute note.
Le vin # 4 a également été un peu déroutant pour les participants qui l’ont pris pour un vin californien (au lieu de l’Australie). Ils l’ont néanmoins beaucoup aimé pour sa profondeur et son élégance et lui ont alloué la note de 8,5.
Le dernier vin de ce premier repas a ravi tout le monde et a été noté 8,8. Une équipe l’a même coté 9,5 (vin exceptionnel). Tous les participants ont découvert le continent, deux équipes ont précisé la région ou l’appellation mais aucune n’a pu en identifier le millésime. Ce grand vin complexe dégageait encore un soupçon de fruits rouges confits et affichait aussi des notes de cuir et de tabac.

Porto Gould Campbell
Vintage 1975
Cette superbe soirée s’est terminée en savourant le très bon gâteau praliné au chocolat de la Boulangerie du Lac, Lac-Beauport, jumelé au grand porto vintage Gould Campbell (qui nous a été offert par notre fille aînée Lydianne) du millésime 1975, le nec-plus-ultra de la soirée.

Le jeu du lendemain
Le repas du lendemain a été lancé sur les chapeaux de roue avec un plateau de bouchées apéritives dont des huîtres, servies avec le magnifique Mumm Napa blanc. Puis, le jeu vinicole a débuté avec une entrée de tartare aux deux saumons servie avec le premier vin. Suivait un plat traditionnel de ragoût de boulettes au porc et au veau arrosé par les deuxième et troisième vins. Les trois derniers vins, y compris un vin surprise, accompagnaient une assiette de fromages fins. Les vins de ce deuxième repas sont :
Les vins du deuxième repas
Vin # 1: Grey Glacier, Single Block, cabernet sauvignon, Ventisquero, vallée de Maïpo, 2011
Vin # 2: Château Laroque, Saint-Émilion Grand Cru AOC, 2010
Vin # 3: Château Bel Orme, Tronquoy de Lalande, cru bourgeois, Haut Médoc AOC, 2009
Vin surprise: Notarpanaro, Taurino Cosmo, Salento DOC, 2007
Vin # 4: Château Simard, Saint-Émilion AOC, 2000
Vin # 5: Ironstone Vineyards, cabernet franc, California, 1994 *


Deux équipes ont réussi à identifier tous les vins (l’ordre des vins) et une autre a deviné trois des cinq vins. Une équipe a reconnu le millésime exact des deuxième et troisième vins et trois autres le millésime de deux vins à une année près.
 Le vin # 1 a été déconcertant pour les participants qui l’ont noté 7 mais avec un écart de 3,5 entre la plus basse et la plus haute note. Ce jeune vin était très fruité (fruits noirs et rouges) et avec des tannins très présents. Il s’est avéré un peu costaud avec un tartare aux deux saumons, même si ce dernier était relevé.
 Le vin # 2 a remporté la palme de la plus haute note du présent jeu et de celui de la veille avec une note moyenne de 9,2. Il dégageait un parfum de champignon, un beau fruité (fruits confits et cerise), une belle présence en bouche, des tanins assouplis et une longueur notable. Un très grand vin fin, équilibré et des plus élégants.
 Le vin # 3 apparaissait plus jeune et corpulent que le précédent. Il était fruité (petits fruits rouges) avec des notes de champignons et d’épices. Il était gourmand avec des tanins enrobés et fort agréables. Sa cote : 8,8.
 Le vin surprise n’a pas été évalué par le groupe. Il possédait encore un certain fruité (prune) et des arômes tertiaires de sous-bois.
 Le vin # 4 a été évalué avec la note de 9. Il présentait un nez complexe de sous-bois, de cuir et de tabac.
 Le vin # 5 a charmé une équipe qui l’a évalué comme un vin exceptionnel (9,5) mais une autre lui a attribué la cote 8, pour une moyenne de 8,9. Il était plein, ample, fin et complexe. Malgré son âge, il reflétait encore des notes de petits fruits rouges confits. Un très beau vin. Par ailleurs, lors de nos jeux vinicoles de Noël 2012, nous avions dégusté le vin merlot Highlands 1995 de la même maison située à Murphys dans les contreforts de la chaîne de montagnes Sierra Nevada entre San Francisco et le parc Yosemite. Ce grand vin avait été un de nos coups de cœur de la soirée de ce Noël 2012 ayant obtenu la même note que le célèbre Château Cheval Blanc, Saint-Émilion 1er Grand Cru Classé, AOC, 1992.

Finalement nos jeux vinicoles ont animé les conversations et permis de profiter de bons repas et de bons vins ainsi que de chaleureuses réjouissances en famille pendant qu’il faisait un froid polaire à l’extérieur. Nous avons déjà hâte à l’année prochaine.

Texte et photos : Jacques Ouimet et Suzanne Cromp Ouimet; la photo du porto 1975 a été prise par Michel Neault.

 *  Ces vins ont été achetés directement à la propriété (au vignoble).
P.S.: Cet article a été publié par le magazine Vins & Vignobles en 2018

mardi 29 janvier 2019

La Rioja, une région vinicole à découvrir

Pont de pierre traversant l'Èbre, San Vicente de la Sonsierra, Rioja, Espagne

Un récent voyage au nord de l’Espagne nous a permis de découvrir les très belles régions du Pays Basque, de la Rioja et de la Catalogne. Nous commençons d’abord notre voyage avec une brève halte à San Sébastian. Puis, direction vers la Rioja où nous séjournons quatre jours dans cette belle région immense qui nécessite plutôt une semaine tant il y a de sites à voir et d’activités à réaliser en période estivale. Nous finissons notre périple en Catalogne où nous visitons Tarragone, ville millénaire de la Méditerranée de près de 150 000 habitants.

Le Pays Basque

Une rue de San Sébastian
San Sébastian, superbe ville balnéaire et gastronomique du Pays basque espagnol, attire de nombreux touristes. Ceux-ci apprécient particulièrement l’accueil chaleureux de ses résidents, la beauté des paysages et ses trois plages de l’océan Atlantique situées en plein centre-ville (plages Zurriola, La Concha et Ondarreta). Ils aiment également sa richesse architecturale, dont le château de la Mota  sur le mont Urgull et le superbe hôtel de ville (un ancien château-forteresse) que nous avons eu la chance de visiter à l’occasion d’une journée portes-ouvertes, sans oublier ses places publiques dont celle de la Constitucion. Il faut également souligner l’excellence  de sa gastronomie locale ainsi que ses fameux bars de tapas et pintxos. Nous en avons dégustés de délicieux à base de poissons et de fruits de mer au resto-bar Bardulia du quartier historique. Nous les avons mangés avec le succulent vin basque Hiruzta Txakolina, appellation Gelariako Txakolina, un vin vif très fruité (arôme et goût d’agrume et de pomme verte). Ce vin élaboré avec le cépage hondarribi zuri peut se comparer au vin espagnol albarino de l’appellation Rias Baixas en Galice ou encore à un vin québécois à base de seyval. On nous a mentionné que ce vin est exporté au Japon et que les Japonais en raffolent avec fruits de mer et  sushis.

La Rioja
La région de Rioja qui se prononce  RI - O - rHA » en mettant l’intonation sur le O, est à une heure de route au sud de San Sébastian. Cette magnifique région regroupe plusieurs très beaux villages historiques et médiévaux. Elle se divise en trois régions viti-vinicoles longeant le fleuve de l’Èbre:
     - la Rioja Alta au nord-ouest comprend notamment Haro, Abalos, Briones, San Vicente de la Sonserra et Logrono;
     - la Rioja Alavesa située en territoire basque au nord-est de l’Èbre, englobe entre autres Labastida, Elciego (Eltziego en basque), Laguardia et Oyon et enfin;
     - la Rioja Baja (ou Oriental) au sud-est dont une petite partie est située en territoire de Navarre au nord-est de l’Èbre. 
Les deux premières régions sont les plus intéressantes à voir et sont celles que nous avons visitées. Ces trois régions d’une superficie de plus 63 000 hectares, produisent annuellement plus ou moins trois millions d’hectolitres de vins, rouges en très forte majorité. Les vins de Rioja sont classés DOC (Denominacion de Origen Califada - l’appellation espagnole la plus renommée en terme de qualité avec celle du Priorat) depuis 1991. Deux nouvelles appellations viennent de s'ajouter à cette DOC de base (Vinos de Zona) : Vinos de Municipio (d'un seul village) et Vinedos Singulares (d'un vignoble unique), à suivre!
Ces vins de la Rioja sont aussi  classifiés en fonction de leur période de vieillissement : COSECHA (ou JOVEN) pour les vins rouges fruités de l’année (jusqu’à deux ans), CRIANZA pour les vins rouges vieillis au moins trois années dont au moins une en barriques (ou en futs), RESERVA pour les vins rouges sélectionnés et âgés d’au moins trois ans dont au moins une année en futs et GRAN RESERVA pour les vins rouges provenant de grands crus âgés d’au moins cinq ans dont au moins deux ans en futs et trois en bouteilles. L’encépagement du vin rouge est dominé très majoritairement par le tempranillo suivi par les garnacha (grenache), graciano, mazuelo (carignan) et maturana tinta. Les cépages des vins blancs se répartissent  essentiellement entre le viura, le malvasia et le tempranillo blanc.

 Village d'Abalos vu de notre chambre

Nous avons choisi de séjourner à l’hôtel Villa de Abalos dans le très joli village médiéval du même nom. Ce village sur la route des vins 232a permet de rejoindre facilement Haro, la capitale vinicole de la Rioja, et Logrono la capitale provinciale.  L’idéal est d’emprunter la 232a sur le côté nord-est de l’Èbre (territoire basque) pour se rendre de Haro à Logrono et de revenir à Haro par la route 232 longeant l’Èbre sur sa rive sud-ouest (territoire Rioja), ce qui permet d’en profiter davantage. Les deux routes totalisent chacune une quarantaine de kilomètres. Ce village particulier de quelques centaines d’habitants datant du moyen-âge, a été érigé sur un pic de roches : il est  emmuré « à hauteur d’hommes ». On s’est laissé dire qu’au début de la fondation du village, on utilisait les nombreuses roches pour construire les maisons.  Par la suite, ses habitants voulaient cultiver la terre et se débarrassaient des roches en édifiant des murets de pierres autour de leurs habitations, ce qui pouvait aussi servir de protection contre d’éventuels ennemis! Le restaurateur-hôtelier de Villa de Abalos exploite également un modeste vignoble et produit le vin de culture traditionnelle Empatia Gran Reserva 2010. Nous avons beaucoup apprécié l’accueil très chaleureux et l’excellence de la cuisine et du vin de ce restaurateur-hôtelier-vigneron des plus sympathique.

À notre arrivée à Haro, tout était fermé en ville car c’était jour de fête, la San Juan (Saint-Jean du 24 juin). Haro est une ville très festive puisque ces fermetures se sont poursuivies les jours suivants en raison d’autres fêtes locales et cela, jusqu’au 29 juin, journée de la grande fête de la bataille du vin le jour de San Pedro (batalla del vino). Nous avons déambulé dans les rues de pierres du quartier de la gare.  Il faut visiter l’église gothique San Tomas parée d’innombrables dorures et les nombreux palais. Cette ville regroupe plusieurs bodegas renommées : Muga et son blanc à base du cépage viura ainsi que son rouge Seleccion Especial 2010 qui nous ont charmés. Également, Lopez de Heredia avec sa très belle cave et ses grands vins Vina Tondonia  et La Rioja Alta qui produit un Gran Reserva 2007 irrésistible, sont à voir. Enfin, nous avons aimé les vins rouges Reserva 2009 et Cerro las Cuevas 2014 de la maison Gomez Cruzado.

Jour de fête à Laguardia
Le lendemain, nous avons parcouru le très joli village médiéval Laguardia qui célébrait également la San Juan le 25 juin. Familles et résidents (clans) du village et des alentours avaient revêtu leurs costumes traditionnels aux couleurs multicolores propres à chaque famille et clan. Ils festoyaient partout dans le village en déambulant dans les rues étroites. Ils manifestaient bruyamment leur joie et chantaient au son de fanfares, leur verre ou buvette de vin joven (de l’année) à la main, vin que nous avons pu goûter et qui était très bon. Il ne faut pas rater, tout près, la bodegas Ysios du groupe Pernod Ricard à l’architecture très particulière. San Vicente de la Sonsierra est un autre charmant village médiéval aux rues tellement étroites que nous ne pouvions pas circuler dans certaines rues sans rabattre les miroirs de la voiture! La visite de son église forteresse est inoubliable et son belvédère offre une vue spectaculaire sur l’Èbre et les vignobles environnants.

Un arrêt dans la capitale Logrono  s’impose pour les belles rues marchandes del Laurel avec ses bars à tapas et San Juan, la cathédrale, l’église San Bartolome et la place de la Confederacion. Mais avant tout, ses bodegas sont dignes de mention et notamment Marques de Murietta avec ses Gran Reserva et Reserva, Vina Ijalba et son délicieux Graciano (cépage rouge), Franco Espanolas et ses savoureux Bordon Reserva et Gran Reserva et enfin CVNE et ses excellents Vina Real et Imprerial Gran Reserva. 
Vignoble Marques de Riscal, Elciego
Notre coup de cœur vinicole en Rioja revient néanmoins au très chic et majestueux complexe viti-vinicole et hôtelier Marques de Riscal, à Elciego. Nous avons visité ses caves impressionnantes dont celle nommée Botelleria contenant les vins centenaires, y compris certains trésors datant de 1862. L’architecture de ce vignoble conçue par le réputé architecte canadien Frank Gehry, le même qui a dessiné les plans du musée de Guggenheim à Bilbao en Espagne et de la Cité du vin à Bordeaux, vaut le détour à elle seule. De plus, son vin blanc Rueda Vendejo 2016 ainsi que ses rouges Reserva 2013 et Finca Torrea 2012, sont excellents. Outre ses Gran Reserva, Riscal produit aussi le vin Frank Gehry Selection en hommage à celui-ci.

La Catalogne

Statue A Los Castellers,
Rambla Nova, Tarragone
Nous terminons notre beau voyage via le territoire catalan à Tarragone qui est située à proximité de la fameuse dénomination viticole du Priorat (DOC). Cette fin de parcours nous permet de nous reposer sur les plages de la Costa Daurada en Méditerranée. Cette très vieille ville culturelle est reconnue au Patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment pour l’Ensemble archéologique Terraco (vestiges romains : murs, cirque, amphithéâtre etc.). Sa cathédrale  imposante, de style romain pour sa façade et gothique pour son portail, est remarquable. La ville aurait été fondée vers la fin du 2ième millénaire avant notre ère (J.C.) et a été beaucoup convoitée à travers les époques par les envahisseurs : les Romains au début de notre ère, les Wisigoths au 5ième siècle, les Maures au 8ième siècle, les Normands au 12ième siècle et enfin les Français aux 17ième et  19ième siècles.  Les Pères Chartreux de France ont établi leur distillerie à Tarragone au début du 20ième siècle pour y fabriquer leur liqueur Chartreuse durant une trentaine d’années. La bibliothèque publique municipale contient une quantité notable de livres et manuscrits anciens. Lors de notre séjour à Tarragone avons goûté leur célèbre poisson Romesco en croûte de sel avec le rosé de René Bardier, un délice. Nous avons aussi savouré quelques vins du Priorat dont l’excellent Clos de Fontà du Mas d’en Gil. 

En conclusion, le nord de l’Espagne regorge de richesses culturelles, architecturales et historiques incomparables alors que sa gastronomie et ses vins sont uniques et inoubliables. Nous retenons que les Espagnols du nord sont très chaleureux et de bons vivants adorant la fête et ils affichent une joie de vivre communicative.

Où dormir :
Hotel Sercotel Codina, San Sebastian
Villa de Abalos, Abalos, Rioja
Hôtel San Jordi, Tarragone
Où manger :
Table de la Villa de Abalos, Abalos
Resto Sol Rik, Tarragone
Bistrot Pepe’s & Lugana, plage de Tarragone


vendredi 25 janvier 2019

Dégustation des vins de Carpinteri, Matane (en rediffusion)


Villa Carpinteri

Lors d’une tournée en Gaspésie en 2017, nous avons visité le Vignoble Carpinteri et sa villa offrant  des chambres d’hôtes à St-Ulric de Matane. Monsieur Tony Carpinteri a décidé en 2004 d’acquérir, comme projet de retraite, une ancienne fraisière et de la transformer en vignoble en y plantant ses premières vignes. Même si le climat gaspésien n’apparaît pas à première vue favorable à la culture de la vigne, monsieur Carpinteri, d’origine italienne, y a cru. Il a même  bonifié son projet de retraite d’une boutique de produits alimentaires importés (en très grande majorité italienne) et d’une superbe villa, de style italien (Toscane) du 19ième siècle.


Son parcours n’a toutefois pas été facile. La Régie des alcools, des jeux et des courses du Québec a éprouvé des doutes sur la provenance de ses raisins en 2014. Elle a donc procédé à une saisie de ses vins puis révoqué son permis de production artisanale. Le tribunal administratif du Québec a néanmoins rectifié le tout en 2015 et a procédé à l’annulation de cette saisie et révocation de permis. Après une telle expérience difficile, il aurait pu lâcher prise et renoncer à son projet de retraite. C’est bien mal  connaître ce Matanais d’adoption car il est téméraire et tenace notre entrepreneur! Il a plutôt choisi d’amplifier son projet en investissant dans la production de vignes en serres. Il exploite ainsi un complexe hôtelier, agroalimentaire et viti-vinicole embauchant une vingtaine d’emplois saisonniers. Le vignoble compte quelque 20 000 plants de vignes dont sept serres de 600 plants par serre.

Nous avons aimé ses produits alimentaires offerts en dégustation au vignoble et particulièrement le pasto Gigi Genovese à base de basilic et l’huile d’olive extra vierge Carpinteri aromatisée au romarin. Nous avons été agréablement surpris par les vins rouges, vins que nous n’avions pas autant appréciés lors d’une première visite en 2013.
Les vins blancs de Carpinteri

Nous avons dégusté au vignoble un vin blanc et trois vins rouges:

        Le blanc Casa Antico 2016 : vin vif, acidulé et fruité avec un soupçon de miel; à déguster bien frais sur la terrasse ou avec un poisson blanc à la plancha.

     Les rouges:
    - Rouge Éole : vin gouleyant et fruité (prune, cerise et petits fruits) avec une légère touche de vanille. Ce vin sera à son meilleur avec du poulet ou des pâtes italiennes;
    - Rouge Ripassato 2014 : ce vin est un assemblage de cabernet sauvignon, de merlot et du cépage hybride baltica (le plus planté au vignoble). Il est vinifié selon le procédé italien ripasso (une deuxième fermentation de vin dont les raisins sont passerillés ou séchés), ce qui en fait un vin plus relevé que le précédent. Il est plutôt fruité, minéral et boisé (vieux bois). À déguster avec un mijoté de bœuf aux légumes;     
     - Rouge Riserva della Famiglia 2014 : ce vin vinifié selon le procédé ripasso est vieilli une année en fûts de chêne français. Il dégage de belles odeurs fruitées, épicées et vanillées que nous retrouvons aussi en bouche. Un beau vin à goûter avec des viandes rouges.

Après cette dégustation, on peut en déduire que notre valeureux vigneron a réussi à relever le défi de produire un vin gaspésien de qualité dans un environnement climatique peu propice à la viticulture.

Où dormir et manger :
-          Auberge du Grand Fleuve, Métis-sur-mer
-          Gîte du Mont-Albert, Parc de la Gaspésie 

P.S.: Le magazine VINS & VIGNOBLES a diffusé cet article dans sa quasi-intégralité sur sa page web (rubrique Tutti Quanti) en 2017.

Source des photos: Carpinteri

mardi 22 janvier 2019

Dégustation des vins MontGras, Chili


Une récente dégustation du vin Gras Reserva, Fumé Blanc, 2018, Vallée Centrale, Vina MontGras, Chili, nous a agréablement surpris par sa finesse, sa fraîcheur, sa vivacité, son fruité (agrumes) et ses notes florales (petites fleurs blanches). Son prix est aussi très agréable (10,20$). Un très bon petit boire en apéro ou avec une coquille saint-Jacques.
Cela nous a rappelé une dégustation à laquelle nous avions participé en 2016, des vins de cette excellente maison chilienne. Les vins, tous vendus à la SAQ, nous étaient présentés par monsieur Juan Pablo Quijada, directeur de l’Export pour l’Amérique du Nord, dans le cadre d’un repas dégustation au restaurant Ciel de Québec.

Les vins dégustés étaient :

1-     Amaral 2014, Sauvignon blanc de la vallée de Leyda (San Antonio), 15,95$
2-     De Gras 2015, Cabernet Sauvignon et Syrah de la vallée Centrale, 10,35$ 
3-     MontGras Quatro 2015, Cabernet Sauvignon, Syrah, Carmenère et Malbec de la vallée de Colchagua, 17,55$ (une des régions du Chili les plus primées)
4-    Antu Ninquen 2014, Cabernet Sauvignon et Carmenère de la vallée de Colchagua, Ninquen Mountain Vineyard, 18,30$
5-     Intriga 2012, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et Petit Verdot de la vallée de Maipo, 22,75$
6-     Ninquen 2012, Cabernet Sauvignon et Syrah de la vallée de Colchagua, 27,95$

Le premier vin élaboré dans des cuves inox présente une belle robe verdâtre et des arômes d’agrumes (citron et pamplemousse).  En bouche, il est vif avec une légère touche minérale, un vin fort agréable, rafraîchissant et idéal pour déguster en apéro sur une terrasse ou avec un poisson blanc poêlé, des huîtres ou encore des crustacés grillés.

Le deuxième vin, vieilli neuf mois en fûts de chêne français et américains, offre un parfum de petits fruits et d’olives noirs ainsi que des notes similaires en bouche.  Ses tanins soyeux et sa belle longueur en bouche lui permettent d’accompagner un saumon grillé à la moutarde, de la volaille ou une côtelette de porc.

Le beau vin Quatro a été élaboré sous les conseils de l'oenologue californien réputé Paul Hobbs.  Il a vieilli une année dans des fûts français et américains.  On perçoit nettement des odeurs de prunes et d’épices.  Ses tanins présents sont des plus agréables et lui permettent d’offrir une belle structure en bouche.  Ce vin de garde accompagnera à merveille un bonne grillade de viande rouge.

Avec le vin Antu Ninguen vieilli 14 mois en fûts français et américains, nous passons à un autre niveau.  Il dégage des notes de petits fruits (cassis et prunes) et de fumée.  Il est ample et intense avec des tanins raffinés et une belle structure.  Bref, un très beau vin de garde, fin et équilibré. Il était excellent avec le mijoté de bison.

L’Intriga 2012 passe pas moins de 21 mois en fûts de chêne français. Au nez, nous découvrons un soupçon de petits fruits rouges et noirs, le tout sur des tanins très présents et fermes.  Ce vin de longue garde gagnera à être mis en cave quelques années (5 à 10 ans). Il s'avère un très bon compagnon pour les viandes rouges et le gibier.

Le dernier et non le moindre est un grand vin de très longue garde vieilli une vingtaine de mois en fûts de chêne français.  Il présente des arômes de petits fruits noirs (cassis et mûres) et de tabac.  Il est ample, profond, puissant mais avec des tanins soyeux et une belle et longue finale en bouche.  Lui aussi, il était excellent avec le mijoté de bison.







En conclusion, si le restaurant Ciel offre une fine cuisine régionale digne de mention, les vins de la famille MontGras sont des ambassadeurs remarquables des vins chiliens et il ne faut surtout pas hésiter à les découvrir.

Source des photos : SAQ

lundi 21 janvier 2019

Virée au pays nantais

Nous avons beaucoup aimé visiter Nantes, la Cité des ducs, lors d'un voyage en Bretagne (voir l'article "Tournée en Bretagne" sur le blogue : https://cdcvinicoles.blogspot.com/2019/01/tournee-en-bretagne.html ). C'est un excellent point de départ pour découvrir les vins nantais.

La Cour intérieure du Château de Nantes
                                                  
                                                                                             
Le vignoble nantais
Le vignoble nantais, ou du pays nantais, est situé majoritairement au sud-est de Nantes. Il regroupe, en plus des dénominations génériques Muscadet AOP (disponible en Loire-Atlantique, Maine & Loire et Vendée) et Val de Loire IGP (dénomination accessible dans 14 départements de la Loire), trois appellations d’origine protégée (AOP) de muscadets sur lies : Sèvre & Maine (la plus connue), Coteaux de la Loire et Côtes de Grand-Lieu. À ces trois AOP de Loire-Atlantique, s’ajoutent les vins des Coteaux d’Ancenis Malvoisie et son très bon vin moelleux élaboré avec le cépage pinot gris (nommé Malvoisie en pays nantais). De plus, neuf crus communaux de muscadet se sont ajoutés au cours des dernières années en Sèvre & Maine. Contrairement à ce que certaines personnes pourraient croire, le mot muscadet ne correspond pas à un cépage mais plutôt au type de vin. Le cépage unique du muscadet est en fait le melon de Bourgogne. Selon certains auteurs, le mot muscadet pourrait faire référence au cépage muscat car le vin en résultant serait quelque peu musqué. Pour d’autres auteurs, il n’y aurait ni parfum ni goût musqué dans le muscadet! Alors...! On y reviendra un peu plus tard!

Au tournant des années 2000, un groupuscule de vignerons nantais de la commune de Gorges, en Sèvre & Maine, produisant des vins hors-normes (nécessitant un plus long élevage sur lies) pour leurs fins personnelles et pour les fêtes et les mariages, ont décidé de faire connaître ces vins au grand public. Ils ont d’abord sensibilisé leurs collègues vignerons, puis les autorités vinicoles dont l’INAO. Ils ont ensuite élaboré et proposé un cahier de charge afin d’encadrer le tout. Les trois premiers crus muscadet communaux, de Sèvre & Maine, sont apparus en 2011 sous les appellations de Gorges, Clisson et Le Pallet. Six autres appellations de crus communaux de Sèvre & Maine ont été reconnus en 2017, 2018 ou sont en voie de l'être : Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillières, Monnières-Saint-Fiacre, Vallet et La Haie-Fouassière. Une curiosité locale, l’aire délimitée du cru communal ne correspond pas nécessairement au territoire géographique de ladite commune! En effet, la délimitation du cru de Clisson, à titre d’exemple, est établie en fonction des caractéristiques de son sous-sol : du bloc de granit de Clisson (caractéristique minérale) qui s’étend de la très belle ville de Clisson jusqu’au sud de la commune de Château-Thébaud à l’ouest et jusqu’à Mouzillon-Tillières à l’est (voir la carte ci-dessous).

Les 9 crus nantais du Muscadet, en Sèvre & Maine. Source : Vins Famille Lieubeau 

Les crus du Muscadet Sèvre & Maine sont élevés au moins 18 à 24 mois sur lie, et voire jusqu’à 48 et même 60 mois pour les meilleurs, comparativement aux muscadets Sèvre & Maine sur lies non communaux qui vieillissent de 6 à 12 mois. Le rendement des crus est limité à 45 hectolitres par hectare versus 55 hl pour un muscadet Sèvre & Maine sur lies non communal. Également, leur sous-sol composé de granite, de schistes, de gneiss micaschistes ainsi que d’amphibolites et de serpentinites leur procure des qualités organoleptiques distinctives. Ces différents facteurs et caractéristiques apportent au vin plus de caractère et de profondeur ainsi qu’une plus grande rondeur, finesse, richesse et élégance. Le cru en résultant est aussi apte à un plus long vieillissement, jusqu’à 10 ans, voire davantage pour les meilleurs. Présentement, une centaine de vignerons produisent quelque 5 000 hl de vins en cru communal de Sèvre & Maine sur une aire de production de 200 ha. Par ailleurs, un nouveau cru de la commune de Champtoceaux, Coteaux de la Loire, fait également partie de ce club élite nantais.

Nous avons visité trois vignobles en Sèvre & Maine.

Château de la Galissonnière
Château de la Galissonnière, Le Pallet
Ce château produit plus de 100 000 bouteilles par année et vend sa production en France, en Europe et aussi au Canada (Ontario). Monsieur Philippe Lusseaud, copropriétaire du Château de la Galissonnière avec son frère Pierre-Yves où nous logions en chambre d’hôte dans le vignoble nantais, a sa propre version sur l’origine du mot muscadet. À son avis, muscadet ferait plutôt référence au fait que l’on ajoutait à l’époque (siècles derniers) de la muscade dans les vins nantais dans le but d’atténuer la forte acidité des vins destinés aux marchés étrangers (à l’extérieur de la Loire Atlantique) avant d’être embarqués sur les navires. Nous avons aussi appris que ce château a un lien historique particulier avec le Québec : l’un de ses propriétaires résidents fut nul autre que l’illustre Rolland-Michel Barrin de la Galissonnière, officier amiral sous Louis XV et Gouverneur de la Nouvelle-France de 1747 à 1749. La ville de Québec notamment lui rend d’ailleurs hommage avec la rue Barrin et Montréal fait de même avec la rue la Galissonnière.

Vin Cuvée Prestige 
Château de la Galissonnière
Nos vins coup de coeur de ce château:
Cuvée Prestige, 2017, Muscadet Sèvre & Maine sur lies AOP. Beau vin vif et fruité (agrume). Ce vin est très agréable à l’apéro ou l’été sur la terrasse. Vendu en Ontario (LCBO).
Jubilation, 2014, Vignerons du Pallet, Muscadet Sèvre & Maine Le Pallet AOP. Vin complexe, fruité, floral, fin et très agréable en bouche qui accompagnera fruits de mer et volaille grillée.







Vins de la Famille Lieubeau, Château-Thébaud
Madame Chantal Lieubeau, copropriétaire avec son mari François des vignobles de la famille Lieubeau, nous explique d’abord l’origine de sa famille. Un bébé retrouvé à l’endroit dit Lieubeau à Nantes, au début du 19ième siècle, fut nommé Joseph Grégoire Lieubeau par sa famille adoptive en référence à ce lieu où le bébé fut retrouvé. Depuis, la famille Lieubeau exploite des vignobles de père en fils. Sa production totalise actuellement près de 500 000 bouteilles par année sur plus de 70 hectares, dont 18 en bio. La majorité de leur production est exportée dans une vingtaine de pays dont au Canada et Québec. Leur fils Vincent, ingénieur œnologue, est responsable de la vinification des vins familiaux. Nous avons aimé tous les vins dégustés dont :
Sensuel, Vendanges extrêmes, 2015, Val de Loire IGP. Vin doux savoureux, très fruité (fruits tropicaux, mangue, abricot), nuance de caramel, de vanille et de poudre d’amende. Délicieux avec du foie gras et des desserts aux fruits ou du pain perdu (pas trop sucré).
Le Voyage extraordinaire, 2017, Muscadet AOP. Vin aérien et agréable au nez et en bouche, il est vif et fruité (agrume, pamplemousse). À déguster en apéro (vendu à la SAQ).
Fruitière, Domaine de la Fruitière, 2017, Muscadet Sèvre & Maine sur lies AOP. Beau vin fin, fruité (agrumes et poire) et relativement structuré. À goûter avec un poisson blanc poêlé.
Confluent, Château de L’Aulnaye, 2017, Muscadet Sèvre & Maine sur lies AOP. Vin très agréable, très fruité (agrumes) avec des notes florales et minérales (vendu à la SAQ). Beau mariage avec un poisson blanc avec sauce à la crème.
Clisson, Famille Lieubeau, 2015, Muscadet Sèvre & Maine Clisson AOP. Vin plus structuré, élevé 24 mois sur lie, fruité (agrumes), franc, épicé (poivre rose), minéral et assez long en bouche. Ce cru est vendu à la SAQ. Clisson est une appellation communale à découvrir et dont les vins peuvent vieillir plusieurs années. Il accompagnera crevettes grillées et coquille Saint-Jacques.
Vins de Famille Lieubeau et de
Poiron Dabin dégustés à Noel
Château-Thébaud, Famille Lieubeau, 2014, Muscadet Sèvre & Maine Château-Thébaud AOP. Très beau vin intense élevé 30 mois sur lie, ample, fruité (agrumes), minéral et avec une belle longueur en bouche. Ce cru qui peut vieillir plusieurs années est également vendu à la SAQ. Château-Thébaud est certainement un cru, et une appellation communale, à découvrir avec des fruits de mer ou de la volaille.

Vignoble Poiron Dabin, Château-Thébaud
Ce vignoble se distingue en affichant le symbole (image) de la libellule sur ses bouteilles et étiquettes. Il produit plus de 300 000 bouteilles sur près de 70 hectares. Il exporte 15% de sa production en Europe et au Canada (et Québec). Nos vins préférés :
Cuvée des vieilles vignes, 2017 Muscadet Sèvre & Maine sur lies AOP. Vin fruité (poire), vif et frais. Idéal à l’apéro (vendu à la SAQ)
Clé du sol de Chantegrolle, 2017, Muscadet Sèvre & Maine sur lies AOP. Vin fin, aérien, fruité et floral. À déguster en apéro.
Haute Résolution, 2013, Muscadet Sèvre & Maine AOP. Grand vin élevé 56 mois sur lies, fin, fruité, gourmand, intense mais encore jeune et fougueux pour un vin de 2013. Vin de garde à déguster avec des fruits de mer, du saumon fumé ou avec des fromages fins. Ce grand vin n’est pas  identifié à l’une des appellations communales reconnues car celle-ci n'a pas encore été acceptée. Par ailleurs, il ne peut pas porter l’expression « sur lies » car il excède la norme du 12 mois réglementaire pour un Muscadet Sèvre & Maine sur lies.
Château-Thébaud, Clos des Tabardières, 2012, Muscadet Sèvre & Maine Château-Thébaud AOP. Cru encore jeune, vif, intense, ample, fruité et avec une belle structure et longueur en bouche. Il accompagnera à merveille fruits de mer et fromages fins. Ce vin est vendu à la SAQ.
Côt Malbec Poiron Dabin, 2017, Val de Loire IGP. Beau vin fruité (petits fruits noirs et cerise), généreux et épicé (poivre). Vin très agréable avec de l’onglet de boeuf et du magret de canard.

Le consommateur a maintenant accès à une nouvelle gamme de crus du pays nantais, dont certains commencent à être disponibles au Québec. Nous avons beaucoup apprécié la qualité de ces crus. À découvrir!

Où manger :
-        Auberge Chez Pipette, La-Haie-Fouassière
-       La table de l’hôtel Best Western, Clisson (si nous retournons un jour coucher dans le vignoble nantais, nous aimerions loger à ce très bel hôtel et déguster à nouveau sa fine cuisine gastronomique)
-        Le restaurant de l’hôtel Oceania, Aéroport de Nantes

Où dormir :
-         Hôtel Escale Oceania, Aéroport de Nantes